Intervention Fruchard
Intervention de Gabrielle Fruchard.
Gabrielle Fruchard se présente comme psychologue musicothérapeute, cette dénomination de son métier est le résultat d’un combat pour la reconnaissance de sa pratique. La musicothérapie ne connaît pas de formation initiale mais un parcours de formation reconnu par la fédération de musicothérapie labellise ce titre.
Elle exerce dans un foyer de l’aide à l’enfance auprès de jeunes garçons adolescents de 13 à 18 ans en difficultés sociales. Ils sont placés dans ce foyer soit pour une protection soit pour des délits.
Ils sont tous « jeunes » dans des formes de marginalité. Pour la plupart ils sont en échec scolaire. Mais pour correspondre à ce foyer il faut qu’à l’arrivée ils ne soient pas trop marginalisés.
Elle revendique une référence psychanalytique, c’est sa formation et elle tient à ce cadre théorique car sans cadre clair la musicothérapie peut être instrumentalisée et laisser place à des dérives qu’elle ne cautionne pas.
Comment est elle venue à la musicothérapie ?
A l’origine elle est psychologue clinicienne, elle constate que pour faire une psychothérapie il faut avoir la parole et surtout être capable d’engager sa parole, il faut parler de soi. Un jeune qui ne sait pas traduire ses mots en un langage commun n’est pas capable de représentation suffisante pour établir une psychothérapie.
Elle se réfère à Dolto qui utilisait la pâte à modeler, le dessin pour communiquer. La musicothérapie s’inscrit dans cette filiation de ce qu’elle nomme l’art-thérapie. La musique est une médiation pour communiquer.
La musicothérapie ou plutôt les musicothérapies :
Il existe des façons différentes d’utiliser la musicothérapie.
Gabrielle Fruchard établit pourtant 3 constantes :
- un éveil à l’écoute.
- un éveil à l’expression,
- et l’établissement d’une communication.
Ces 3 constantes sont vraies pour toutes les arts-thérapies.
Gabrielle Fruchard pratique la musicothérapie de façon duelle, sa consigne de départ est « on va écouter de la musique, faire de la musique et en parler ».
Elle propose ensuite au jeune de se voir une fois par semaine avec des rendez-vous, ce processus s’inscrit déjà dans la thérapie.
Elle se réfère à Jean-Pierre KLEIN (psychiatre) pour qui « L'art-thérapie est un accompagnement de personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) à travers leurs productions artistiques : œuvres plastiques, sonores, théâtrales, littéraires, corporelles et dansées. Ce travail subtil qui prend nos vulnérabilités comme matériau, recherche moins à dévoiler les significations inconscientes des productions qu'à permettre au sujet de se recréer lui-même dans un parcours symbolique. »
Il qualifie la musicothérapie de psychiatrie de l’ellipse, car l’ellipse a 2 centres. Ce qui permet d’agir à partir d’un centre pour traiter le second centre par médiation. La musique comme support de la thérapie fournit un espace d’explorations communes au thérapeute et au patient. L’attention et l’activité étant portées vers un objet extérieur, ils se décentrent de la préoccupation, de la souffrance, du symptôme qui ont conduit au travail.
La musique quand elle est investie positivement devient un terrain commun de jeu ouvrant à l’élaboration psychique. Ainsi comme l’écrit DW Winnicott « la psychothérapie se situe en ce lieu ou deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute ». Winnicott propose le squiggle « ce jeu qui ne connaît aucune règle ». Thérapeute et patient partagent un même espace graphique, l’un trace quelques lignes et le suivant construit un dessin à partir de ce qui lui est fourni : pour le croquis suivant l’ordre est inversé. Il n’y a pas de prééminence entre les partenaires de cette construction, le soignant intervient pour accompagner le sujet dans un cheminement au terme duquel chacun retrouve son autonomie.
La finalité c’est comme le précise Winnicott « l’apparition de ce moment critique […] ou l’enfant et le thérapeute prennent tous les deux soudain conscience de la nature exacte de la situation critique émotionnelle ou psychique avec laquelle l’enfant est aux prises ».
Comme le squiggle, qui renvoie au sujet ce que l’autre perçoit chez lui, la « communication sonore » introduit un dialogue où le discours de l’un s’articule à celui de l’autre ; elle devient une sorte de squiggle sonore.
L’écoute des morceaux musicaux participe aussi du processus interactif.
Pour le Professeur Philippe Jeammet, psychiatre, psychanalyste « l’aménagement d’une aire transitionnelle d’échange d’où puisse surgir un plaisir à fonctionner nourri de la tendresse qualitativement liée à la présence de l’objet » permet le nouage d’une relation différenciée qui est une condition pour qu’émerge l’activité de symbolisation.
La séance de musicothérapie peut devenir cet espace ouvert au plaisir de la création grâce à la présence du thérapeute qui offre étayage affectif et contenance nécessaires au surgissement de la pensée.
La symbolisation implique pour le sujet la conscience simultanée de ce qui lie et de ce qui sépare l’objet symbolisé et son symbole : c’est un processus différenciateur qui procède par liaison/déliaison.
L’expérience musicale, infiltrée de l’histoire du sujet (musique des voix de l’enfance, ambiance sonore familiale et culture musicale des différents groupes d’appartenance), se prête à ces liens multiples entre des émotions éprouvées sous l’emprise du sonore, leur mise en mots et leur référence à une histoire intime.
Pour Gabrielle Fruchard la musique n’est pas la médiation valable pour tous à tout moment, il lui arrive avec certains jeunes de passer par le dessin ou comme elle le faisait au départ par le théâtre. Il faut que la médiation convienne au patient en tant que promesse de plaisir
La musicothérapie s’adresse à une vaste population dont les fragilités dans le domaine de l’échange interpersonnel sont en rapport avec une organisation de la personnalité, une construction du « Soi », des assises narcissiques restées ou devenues insécures.