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Vendredi 16 décembre 5 16 /12 /Déc 21:53

 

LES TROUBLES DU COMPORTEMENT

 

 

TGF : La notion de troubles du comportement est une notion noue, fourre-tout, recouvrant un champ extrêmement large ; de la normalité jusqu'à quasi-toute la pathologie. On parle aussi de troubles de la conduite, du caractère, de la personnalité ; nous y reviendrons.

 

Le comportement correspond à la conduite extériorisée d'une personne : les actes, les modes de fonctionnement d'un sujet, envisagés d'un point de vue extérieur.

 

D'un point de vue psycho-pathologique, un trouble du comportement ne préjuge de rien :

on peut trouver des troubles du comportement dans les psychoses, l'autisme, les névroses. Cependant, on parle souvent de troubles du comportement en référence à des comportements à dimension a-sociale, ou du côté de l’agir désordonné. La notion se rattache ici à l'histoire de la pathologie infantile et de l'éducation spécialisée avec sa dimension morale ; certains de ces enfants qui étaient jugés non conformes sur le plan social et moral étaient mis en « maisons de correction ».

Classiquement, en psychiatrie de l'enfant, les troubles du comportement recouvrent :

mensonges, vols, fugues, addictions (prise de toxiques), conduites agressives et auto­agressives, comportements sexuels déviant, conduites délinquantes, conduites de défi ou à risque.

Ces comportements n'ont pas de valeur pathologique avant un certain âge : on ne peut parler de mensonge ou de vol qu'après l'âge de 7 ans ; les fuites impulsives de l'enfant sont à différencier des fugues d'adolescents qui font délibérément le projet précis de partir.

Le concept de troubles du caractère renvoie d'abord à l'ancienne notion « d'enfant caractériel », c'est à dire instable, agressif, impulsif, opposant, versatile, coléreux. Aujourd'hui, le DSM IV ( Diagnostic and Statistical Manual, 4^ édition, élaboré par les psychiatres nord-américains ) parlera plutôt de troubles hyperkinétiques ou de personnalité antisociale-Dans une seconde acception, les troubles du caractère sont synonymes de troubles de la personnalité : ils sont liés à un certain caractère, une certaine personnalité. La personnalité renvoie à la structure. Mais qu'entend-on pat structure ? C'est un tout formé de phénomènes solidaires tels que chaque élément dépend des autres .et n'existe que dans sa relation aux autres ; si l'un bouge il modifie les autres. Mais la structure psychique telle que nous l'abordons est avant tout structure de relation :

la manière ou la tendance particulières, chez un sujet donné, d'être en relation avec autrui,

qui se manifeste dans ses actes et ses modes de pensée électifs, ce qui justement définit sa personnalité distincte.

Tentons de représenter par un schéma les principales structures psychiques :

La psychose relève d'une impossibilité de différenciation soi-autrui ou encore Moi-Objet. Cela veut dire que le sujet psychotique est toujours menacé d'envahissement par l'autre autant qu'il peut être lui-même envahissant, voire persécutant pour l'autre. Mais le noyau de la structure psychotique peut également être pensé en référence au mécanisme de la forclusion : c'est à dire que des signifiants majeurs sont manquants pour inscrire le sujet dans l'ordre du langage et le psychotique va se trouver en grande difficulté pour symboliser la réalité et pour se situer dans le monde. La fonction du langage en est profondément troublée. Il lui manque les codes communs, et il n'a pas accès à la métaphore : ainsi, pour le psychotique, le mot est la chose, alors que chez le sujet normal,

c'est à dire névrosé, la chose est recouverte par les mots et que les mots,, dans leurs

différentes articulations possibles, vont représenter le sujet.

J'ouvre ici une parenthèse au sujet de la lésion psychosomatique : dans ce cas, le

mécanisme forclusif ne s'étend pas à l'ensemble. On peut le comprendre comme une

forclusion locale : une impossibilité de symboliser qui n'affecte qu'une zone partielle,

localisée de la psyché et qui s'inscrit directement dans le corps, sans que l'on puisse y

attribuer un sens évident. C'est le cas, par exemple, avec l'eczéma.

Ce mécanisme forclusif local ou momentané joue également dans le Passage à l'Acte

quand il a un caractère d'agir impulsif incompréhensible et imprévisible. Tout se passe

alors comme si le sujet traversait un moment psychotique où, justement, sa dimension

subjective s'évanouit : il se réduit à son acte.

On voit ainsi qu'un sujet, qui n'est pas tout entier structuré dans la psychose, peut vivre des moments de fonctionnement psychotiques ou faire appel, momentanément, à des mécanismes de défense psychotiques.

Dans la névrose, qui est la structure la plus commune, tout est centré autour du complexe de castration lié aux avatars du complexe oedipien. L'enfant oedipien de 5 ans - et l'enfant qui demeure dans le psychisme du névrosé adulte - est mû. fondamentalement, par ses désirs dont l'horizon idéal est le désir incestueux qui est un désir mythique, interdit, et impossible. C'est un fantasme de désir de complétude absolu, de jouissance totale, qui attire comme un aimant mais qui est en même temps redouté, et toutes les stratégies névrotiques visent en fait à éviter cette jouissance absolue fantasmatique. S'y rattachent tous les fantasmes de castration et, plus généralement, le névrosé compose avec la question des limites, de sa limite, et donc du manque.

Chez l’enfant, les choses apparaissent souvent plus complexe et il est difficile de déterminer la structure. Car l'enfant n'est pas encore fixé dans une structure. il est en développement, en évolution dynamique. On ne peut pas toujours dire vers quelle structuration fixe il va s'orienter.

Venons-en maintenant à la zone intermédiaire ou « aire-limite », située sur le schéma entre psychose et névrose, dans laquelle on peut ranger un certain nombre de catégories, renvoyant à différentes approches théoriques, qui se superposent plus ou moins. On y trouve ainsi :

»

Les dysharmonies évolutives, décrites par Roger Mises, qui peuvent être des dysharmonies simples (certains domaines du développement normal de l'enfant coexistent avec des retards dans le développement d'autres lignées, instrumentales par exemple, d'où l'aspect « dysharmonique » ), ou des dysharmonies psychotiques ( à rapprocher de ce que d'autres auteurs ont appelé les pré-psychoses ).

La psychopathie, qui concerne uniquement le jeune adulte, décrit des sujets caractérisés principalement par la difficulté de médiatisation idéïque de leurs pulsions, et par leur , tendance prévalente à l'agir impulsif et à des conduites considérées comme anti-sociales. Ce sont des sujets immatures, souvent marginalisés, qui passent à l'acte répétitivement.

 

 

Leur devenir, lorsqu'il n'est pas tragique (suicide, mort violente, délinquance, ... ) évolue vers une stabilisation spontanée aux alentours de 30-40 ans. Notons ici que la délinquance n'est pas une maladie et ne renvoie pas à une structure particulière. Certaines conduites délinquantes entrent cependant dans le cadre de la psychose ( passage à l'acte lié à un délire, par exemple ) ou de la perversion ( transgression perverse délictueuse ).

La perversion occupe une place particulière et peut être considérée comme une structure à part entière. Le pervers, comme le névrosé, et à la différence du psychotique, a bien accès au symbolique et à l'ordre de la Loi, mais fonctionne comme s'il décidait sciemment de l'ignorer. Une partie de son Moi reconnaît la réalité et les interdits, et une autre partie, dans le même moment, les dénie. C'est le mécanisme du désaveu : «je sais bien mais quand même... ».

Les personnalités en « faux self» ( Winnicott ) ou personnalités « as if»( H. Deutsh ) correspondent à des sujets qui développent une personnalité superficielle, de façade, sur le mode d'une hyperconformité factice, masquant un profond désarroi et le risque d'une décompensation dépressive. On peut penser qu'il s'agit d'une stratégie de colmatage d'une psychose.

Les personnalités narcissiques : ce qui domine c'est la difficulté à s'aimer soi-même et à se sentir digne d'être aimé, d'où la forte dépendance à l'autre qui est aimé comme une part de soi-même et la classique « fragilité du Moi ».

Les Etats-limites ou « border line » : appellations en principe réservées à l'adulte correspondant à des personnes narcissiquement fragiles chez qui domine l'angoisse d'abandon et qui recherchent en permanence l'étayage.

Quant à l'Autisme, je l'ai situé de côté dans le coin du tableau car beaucoup d'auteurs considèrent qu'il ne s'agit pas d'une structure mais plutôt d'un syndrome. B vaut mieux d'ailleurs parler d'autismes (au pluriel). Les autistes ne seraient pas entrés dans une structure déterminée ce qui a amené certains ( Lefort ) à parler d'a-structure. Si tel est le cas, on peut espérer les conduire vers la structure névrotique. A l'inverse, on peut craindre de les psychotiser.

Les troubles du comportement :

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, on peut trouver divers troubles du comportement dans toutes les pathologies. Cependant, disons d'abord que l'on parle de troubles dû-comportement lorsqu'un sujet dérange son environnement. Dans ce sens, le trouble du comportement va de pair avec un diagnostic du social ; comment l'autre est troublé et pourquoi ? Quel est son seuil de tolérance, de compréhension, de solidité ? etc. C'est à dire que les troubles de comportement-sont aussi les troubles que ces comportements génèrent dans 1 environnement. Cela pose la question de l'état du social, ou encore de savoir qu'est ce que certains sujets, par leur comportement, viennent pointer de difficultés dans le social, ce qui ouvre un champ de réflexion et de travail qui déborde les compétences du psychiatre ou du pédagogue.

Maintenant, la seconde chose que je voudrais dire, c'est que l'on parle souvent de troubles du comportement pour des enfants ou adolescents encore mal structurés et que nous pourrions ranger à l'intérieur de l'Aire-limite précédemment décrite : c'est à dire des sujets qui ont tendance à agir leurs conflits sans médiations, et qui sont, sans le savoir, en quête d'étayage narcissique et de repères symboliques structurants.

-DG : troubles de la personnalité ? du caractère ?

-TGF : La notion de troubles du caractère renvoie soit à la notion d'enfant caractériel dont je vous ai parlé tout à l'heure, soit à une nosographie psychiatrique, aujourd'hui peu employée, qui parlait de « pathologies de caractère », soit encore à la psychiatrie classique qui décrivait différents caractères : hystérique, obsessionnel, schizoïde, paranoïaque, etc. Dans cette dernière acception la notion de caractère devient synonyme de celle de personnalité.

Quant aux troubles de la personnalité, je dirais qu'ils correspondent aux manifestations pathologiques liées aux différents modes de structuration, puisque la structure définit un certain type relationnel et donc une certaine personnalité.

Mais revenons à notre sujet : les troubles du comportement qui mobilisent l'entourage, et qui sont parfois causes de rejet, se manifestent de façon diverse : agressivité banale, instabilité, colères et opposition qui sont courantes chez le jeune enfant de 4 ou 5 ans. Devant ces troubles, il faut faire la part des choses ; ils peuvent exprimer une difficulté passagère normale ou réactionnelle. Chez certains enfants, ils sont le signe d'un désarroi plus profond ou d'une souffrance fondamentale qui va se manifester préférentiellement sur le terrain de l’ agir. La difficulté à médiatiser, à symboliser par la parole ou la pensée, débouche sur la décharge pulsionnelle immédiate dans l'acte. Les enfants dont on se plaint le plus, bien qu'ils soient différents les uns des autres, sont toujours fondamentalement des enfants en détresse, en révolte, en quête de symbolique, de repères ; ils présentent fréquemment un fond de fragilité narcissique et d'angoisse ; ils ont peur du monde extérieur ; ils doutent de leur valeur, d'être dignes d'avoir un avenir ; enfin, ils doivent apprendre à gérer la pulsion autrement que dans la décharge motrice immédiate.

Les enfants dits « hyperkinétiques » sont des enfants très dépendants de l'autre. D'après Berges ( interview à paraître dans le prochain numéro de La Lettre du GRAPE ) ils n'ont pas conscience de leur propre corps et de la possibilité de se constituer une vie interne. Beaucoup d'entre eux, tentent de venir au secours de leur mère déprimée : leur agitation maintient la mère en vie, répond à cette dépression ; et ils ne parviennent pas à construire une tranquillité et une assise existentielle internes.

Ce sont des enfants fragiles, démunis symboliquement dans leur rencontre avec le social. Ces enfants, perçus comme provocateurs, voire persécuteurs lorsqu'ils poussent les adultes à bout, sont souvent des enfants terrorisés et qui se sentent eux-mêmes persécutés. Plus l'enfant agresse l'entourage, plus- il suscite de réactions de rejet et d'angoisse, plus les troubles du comportement agressifs ou transgressifs empirent dans une spirale infernale, un cercle vicieux qui aboutit parfois à des situations dépassées où il sera extrêmement difficile de faire machine arrière. Certains enfants se mettent en situation de se faire rejeter : ils peuvent y trouver une certaine satisfaction ou jouissance inconsciente, mais tout se passe surtout  comme s'ils cherchaient à maîtriser activement ce qui leur arrive, à être auteurs de leurs échecs, plutôt que de subir passivement le rejet par l'autre. C'est dire que les réactions de l'entourage sont un enjeu déterminant : l'enjeu social est d'aider ces enfants à symboliser, à retrouver confiance en leurs possibilités, et ainsi trouver leur place parmi les autres.

-DG : repérage, réponses ?

-TGF : Aider ces enfants à se structurer, se repérer, suppose d'abord une articulation des différents protagonistes qui se trouvent mobilisés par l'enfant. D'autre part, il est très utile de disposer de relais : pour se déprendre de relations imaginaires duelles qui risquent de virer au duel, et avant que l'adulte ne se sente atteint dans son intégrité. Il faut pouvoir faire appel à des tiers, ou passer la main, même momentanément, à un autre, ce qui permettra à l'enfant de faire l'expérience d'un cadre contenant structurant, c'est à dire où il ne peut détruire l'autre et, par conséquent, où l'autre ne le détruira pas.

-DG : Tensions dans l'établissement, changements d'école, problèmes de rôle et d'étiquette ?

-TGF : II y a une question sociale globale qui concerne aussi bien les parents, les psys et les enseignants qui est liée, notamment, à la question de l'immédiateté ; et l'adaptation, l'intégration entrent toujours dans un rapport dialectique avec les capacités intégratives du social.

Une des dominantes de notre société actuelle est de faire des sujets des consommateurs immédiats ou encore de les réduire à des objets de marchandisation. Ce n'est pas sans effet sur l'enfant et son éducation : ces questions qui troublent le lien social vont alors se manifester préférentiellement à l'école.

Il est difficile de préconiser une conduite à tenir de façon générale : essayer d'amener l'enfant vers des fonctionnements différés suppose que les adultes ne soient pas eux-mêmes dans l'immédiateté et organisent des réponses déployées dans l'espace et le temps. Pour que l'enfant puisse se situer comme sujet, avec son corps pulsionnel, dans le lien social, il sera nécessaire de mettre en place des possibilités de recours, de repérages dans le temps et dans l'espace, pour qu'il puisse progressivement intérioriser des limites vraies. Mais on ne peut demander l'impossible ni aux enfants ni aux enseignants : il s'agit de travailler à la mesure des possibilités réelles de l'enfant et de son environnement. Ainsi, par exemple, cela n'a pas de sens de convenir avec un enfant d'un contrat d'objectifs sur un mois si l'enfant n'a pas la capacité de se représenter cette durée.

La question des étiquettes et du rejet peut être envisagée du point de vue des mécanismes d'introjection/projection et de la problématique narcissique liée à celle de la dépendance. Pour l'enfant narcissiquement fragile, trop dépendant, la relation à l'autre est potentiellement dangereuse : si j'ai trop besoin de l'autre jusqu'à l'investir de tout mon narcissisme, c'est à dire de tout l'amour de moi-même, je risque de me perdre dans l'autre, d'y perdre toute ma valeur, et toute réaction de l'autre pourra être vécue comme un rejet, 'un abandon. Ce fantasme d'être l'objet d'un rejet persécutifpar l'autre suscite une projection du sentiment persécutif vers l'extérieur : tu ne m'aimes pas - tu me hais - je te hais. L'agressivité alors actualisée risque fort de déboucher sur un rejet réel ou des projections de l'entourage, mis à mal, qui iront renforcer le sentiment de rejet ou de persécution...

Comment aider ces enfants dépendants à symboliser une séparation psychique qui ne remette pas totalement en question leur sentiment d'estime de soi ?

Cela suppose un délicat équilibre entre la mise en cause de la dépendance et l’étayage qui leur est nécessaire : soutenir sans trop renforcer la dépendance, contenir dans des limites sans conduire au sentiment de rejet ; ce n'est pas simple mais cela incite à inventer !

-M R : les autistes que l'on psychotise ?

-TGF : L'autiste semble avoir refusé d'entrer dans le monde des humains, comme s'il disait Non à la subjectivité et au langage. Il n'est pas dans l'aliénation humaine. L'autiste est un être de sensations ponctuelles, instantanées ; les choses ne sont que sensations (un verre n'est pas un verre mais la sensation que procure le verre au niveau de la paume de la main) perçues comme auto-produites.

Il n'y a ni sujet ni objet. L'autiste est sans Moi, même mal différencié.

D serait en deçà de toute structuration.

Pour Mélanie KLEIN, il existe une phase normale de symbiose mère/enfant, suivie d'une phase de différenciation progressive Moi/Objet par projection du mauvais à l'extérieur et introjection du bon en soi. Le Moi naissant devra faire ensuite l'expérience de conjuguer les sentiments bons et mauvais en soi et donc faire le deuil d'un Moi « tout bon » imaginaire ( c'est la position dépressive ).

Dans la Psychose, la différenciation se fait mal ; les mécanismes de défense dominants sont l'introjection, la projection et le clivage ; le Moi est menacé d'éclatement mais il y a tout de même constitution d'un Moi certes fragile mais relativement consistant ; cela permet un minimum d'existence.

L'Autiste, il nous faudrait l'imaginer comme un être évoluant en une ou, au mieux, deux dimensions : dans la dimension du point, sans temps ; ou bien dans l'instantané, lamellaire ( comme une lame de papier qui se déploierait dans l'espace proche ou lointain )- II est dans la pure sensation du moment sans permanence d'être ; il n'a pas d'intérieur ; il ne faut pas l'imaginer replié dans une bulle, dans une capsule protectrice ; il est point ou lamelle, entraîné dans un flux de pure sensoriaiïté. Le traitement consistera à l'aider à se constituer une continuité d'être, à se structurer avec un ultérieur et un extérieur- Mais il faut éviter qu'il ne se structure sur un mode psychotique, c'est à dire avec un Moi clivé menacé constamment d'éclatement. Pour cela, l'approche, la présence et la séparation ne doivent pas arriver à n'importe quel moment, de façon trop brutale, au risque de faire éclater le Moi embryonnaire qu'il tente de construire. Eviter de psychotiser un autiste, cela signifie faire attention à ne pas le faire éclater en voulant, par exemple, établir une relation trop vite trop proche. Pour les mêmes raisons, les séparations doivent être préparées et se faire au bon moment. Les séjours thérapeutiques, par exemple, peuvent être utiles mais seulement s'il y a un bon repérage de là où en est l'enfant et de ce qu'il peut supporter sans trop d'angoisse.

-EV : intégration ?

-TGF : elle doit se faire au cas par cas ; si elle angoisse trop l'entourage, celui-ci fournit des réponses inadéquates. Les associations de parents et certains thérapeutes ont insisté pour que soit reconnue la spécificité du travail avec ces enfants qui ne posent pas les mêmes problèmes que les psychotiques.

Les troubles du comportement des autistes : les enfants autistes se présentent souvent comme des enfants heureux, affectueux, mais ils peuvent avoir des crises violentes ou des crises d'angoisse (auto mutilation...) quand il y a mise à mal de leurs défenses autistiques et de leur espace de sécurité. Ce dernier passe par la mise en place d'un environnement stable ( ce qu'on appelle l'immutabilité ) et par des rituels (stéréotypies). Certains enfants ne présentent pas le tableau clinique complet de l'autisme ( du type syndrome de Kanner ) mais présentent des troubles de constitution de l'image du corps et de la relation aux autres avec un accès partiel au langage et à la communication.

-0 : une enfant qui s'évade, découpe des papiers en petits bouts...

-TGF : II ne s'agit pas forcément d'un symptôme autistique de l'ordre du rituel ou de l'activité stéréotypée, du côté de la recherche de la pure sensation ( émietter, faire couler de l'eau, etc. ).         .

Mais on peut toujours demander un avis spécialisé. Si un enfant n'est pas dans le langage ou bien que son langage soit dénué de fonction communicationnelle, ou encore s'il présente des troubles de communication aux autres (entrée en relation), il ne faut pas hésiter à prendre rapidement un avis.

-0 : elle est en CLIS, elle fait de beaux dessins, elle symbolise.

-TGF : l'enfant dans la lune, qui ne soutient pas l'attention ou qui ritualise est tout simplement peut-être un enfant dans le registre névrotique, avec éventuellement des défenses obsessionnelles, en particulier dès qu'il sort du milieu familial : en difficulté pour pouvoir être comme sujet séparé de ses parents, pour pouvoir avoir son « quant à soi ». Etre avec les autres l'envahit trop, le met en désarroi. Il lui est difficile de se constituer un espace à lui, parmi les autres.

-PD : elle a un physique.... mais elle est dans la communication.

-MS : en petite section, si le langage n'est pas acquis, signe alertant ?

-TGF : Tout dépend du type de trouble du langage. Certains enfants accèdent à un certain niveau de langage mais dont la vertu communicationnelle est profondément altérée. Sont évocatrices d'autisme ou de psychose des utilisations particulières ou des bizarreries de langage : pas d'utilisation du « Je », ou du « oui », écholalies (phrases ou syllabes), néologismes, jargon impénétrable, etc.

Ce n'est pas seulement un retard de développement de la parole (structure de la phrase, prononciation, articulation) mais quelque chose dans la fonction-même du langage qui fait

 

problème. Et cela s'associe souvent avec la constatation que l'enfant n'entre pas en relation avec l'autre, qu'il n'accroche pas le regard, ne joue pas ( il n'y a ni Je ni jeu ).

-MS : ce ne sont pas des comportements évidents.

-TGF : On peut chercher à apprécier si l'on peut établir une relation individuelle ou non ;

Est-on pour lui comme un meuble parmi les autres ou, au contraire, y-a-t-il du répondant (regard, geste) ?

Chez le bébé, il faudra être attentif à des signes évocateurs de troubles graves de la structuration tels que l'absence de réponse posturale à la prise dans les bras ( poupée de son ), l'absence de sourire, d'accroché du regard, le fait de rester éveillé dans son lit sans pleurs ni réactions, etc .

L'enfant qui « s'évade » :

Nous sommes là, le plus souvent, dans la problématique de la névrose infantile banale avec les angoisses de castration qui s'y rattachent. û s'agit d'enfants mal séparés psychiquement de leur milieu familial et plus particulièrement de leur mère. L'enfant reste pris dans le fantasme incestueux d'être objet du désir de l'adulte. D'un côté il voudrait conserver le plaisir qui est lié à cette position, mais d'un autre côté il voudrait y échapper et pouvoir trouver sa place parmi les autres enfants. La trop grande proximité avec la mère ( ou tout autre adulte tutéîaire ) est trop envahissante, angoissante car elle réveille les dangers liés aux fantasmes incestueux : le danger de disparaître dans l'autre, et le danger fantasmatique de castration lié à l'interdit. L'enfant peut alors fuir ces dangers fantasmatiques et les épreuves de la réalité en se réfugiant dans l'imaginaire-

« L'évasion » permet de garder un espace non envahi par l'adulte. Elle permet, en outre, de préserver la toute-puissance imaginaire et de tenir à distance la menace de castration vécue comme totale. Elles peut s'associer à d'autres défenses obsessionnelles ( isolation, ritualisation, surinvestissement et érotisation de la pensée, etc. ) qui visent à tenir à distance les fantasmes incestueux et de castration.

L'isolation consiste à détacher les représentations psychiques les unes des autres. Elle rompt les liens de la chaine idéïque, gène les articulations de la pensée. On comprend, dès lors, qu'elle puisse retentir sur l'efficience et la concentration, c'est à dire qu'elle produit des effets d'inhibition.

 

L'inhibition :

Concept qui comprend tous les empêchements ou entraves à l'effectuation d'une fonction. L'inhibition, souvent mal reconnue, est fréquemment une conséquence d'un symptôme ou bien une défense contre l'angoisse. Nous venons de voir qu'elle peut être liée à des mécanismes obsessionnels qui entravent la pensée. Mais elle peut être aussi en-rapport avec l'angoisse phobique-Phobie :

Avec la phobie, c'est l'angoisse qui prévaut. La phobie est un mécanisme simple et universel qui permet de projeter l'angoisse sur une situation, un objet et qui permet de la nommer, de la circonscrire. Elle peut être accrue par le discours et les attitudes de certaines mères ou parents, eux-mêmes angoissés que leurs enfants leur échappent : Le monde extérieur est vécu comme menaçant, dangereux, ce qui amplifie la tendance de l'enfant au retrait, à la mite ou à l'évitement de l'objet phobogène. Dans certains cas, c'est le savoir ou l'espace social que représente l'école qui deviennent objets phobogènes, ce qui débouche sur une phobie scolaire.

La place de l'angoisse est très importante :

Dans les troubles d'ordre névrotique, elle débouche sur la constitution de symptômes et sur l'inhibition.

Dans les troubles du comportement liés à une fragilité narcissique et à des difficultés de médiatisation, F agir vient avant l'angoisse, il fait barrière à l'angoisse. Ces enfants ne sont pas assez angoissés et ils déchargent leur tension pulsionnelle directement dans la motricité.

C'est donc une bonne question clinique de se demander s'il y a angoisse ou non :

L'enfant est-il angoissé ? Est-il culpabilisé (ceux qui sont dans l'agir immédiat sont plus ou moins embêtés mais, souvent, n'ont aucun sentiment de la faute) ? Ces questions, qui portent sur le vécu intrapsychique ou sur les affects, sont tout à fait importantes : On quitte le seul terrain du comportement pour explorer les capacités d'élaboration psychique ou de symbolisation- II s'agit de resituer le trouble du comportement comme symptôme éventuellement rattachable à d'autres symptômes moins apparents- C'est le cas, par exemple, des phobies dont nous venons de parler mais aussi de l’énurésie, extrêmement fréquente autant que très bien tolérée avant 8/9 ans.

Retenons-donc, que lorsqu'il est question de troubles du comportement il s'agit aussi de savoir s'il existe d'autres troubles symptomatiques moins visibles, de se faire une idée plus globale et, par conséquent, de ne pas se focaliser uniquement sur le trouble comportemental tel que l'agitation ou l'agressivité. Dans la même perspective, on ne peut rigoureusement lire les résultats de tests sans les mettre en rapport avec la clinique.

 

Tristan Garcia-Fons

Par capash-optiond - Publié dans : capash-optiond
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